samedi 20 août 2016

Sur la route des Incas - Jour 10 à 13 - Le "Inka trail"

Je vous propose pour ce long blog un format "journal personnel" afin de tenter de vous faire vivre l'expérience de cette trek comme si vous y étiez. Il n'y a pas beaucoup de contexte à cette randonnée (vous allez comprendre pourquoi plus tard). C'est de l'observation, de la marche et beaucoup de communion avec la nature. 

Voici donc l'histoire de notre trek.



Jour 1 - 8h00

Nous regardons les jeux olympiques sur ESPN Columbia. Le focus est vraiment sur l'Amérique du Sud et nous sommes chanceux quand on voit quelques canadiens. Mais, on pratique notre espagnol. Au début de la finale du triple-saut, le téléphone sonne dans la chambre. La réception baraguine en anglais que notre lift est arrivé. 30 minutes d'avance.

Heureusement, tout est prêt. On mets nos souliers en vitesse et 8h05 on est en bas. Le gars de présente (Raoul) et nous jase en espagnol. On lui explique que notre espagnol est très limité. Il passe alors à l'anglais monosyllabique. On comprend qu'on doit le suivre jusqu'au véhicule qui se trouve au "centre ville" à environ 500m de l'hotel. 

On arrive au bus touristique (le genre qui contient 10 passagers) et il charge nos bagages. On est en version "limitée", n'ayant droit qu'à 15kg de bagage à deux. Il dompe nos sacs sur les genoux des porteurs qui sont assis sur le banc arrière. Je remarque un sac à dos sur un des sièges, probablement quelqu'un de notre groupe. On cherche autour et on voit une dame qui rode autour du bus comme nous. On devine qu'elle est dans notre groupe et on lui dit bonjour.

Raoul vient nous voir et nous explique quelque chose en espagnol Il repète le mot "cucinero". La façon qu'il pointe, on semble croire qu'il manque de place dans le bus. Il nous dit "10 minutes please" et repart. Je sort mon app de traduction et j'essaye toutes les formes du mot qu'il a dit. Après 3 minutes, je trouve le bon ortographe. Le mot est "cuisinier", Nath me dit: "ils attendent le chef?". Faut croire. 

Après 10 minutes, un nouveau gars arrive. C'est le chef.  On est donc prêt. Pleins de péruviens embarquent dans le bus et la dame. On présume que notre groupe est dans un autre bus et qu'on est avec l'équipe.

Après 40 minutes, on arrive au point de départ de la trek, au kilomètre 82 du chemin de fer. Ils débarquent le stock et préparent les bagages pour les porteurs. Partout autour de nous, d'autres groupes font de même. Je cherche autour où est le reste du groupe, mais je ne trouve pas. Je cherche aussi notre guide. Raoul revient et je lui demande.

Il dit que c'est ça le groupe: Nath, la dame brésiliene et moi. "Ah bon, et où est notre guide?"

"C'est moi", dit-il. 

Nath fronce les sourcis et lui demande "Est-ce que tu parles anglais" sur le même ton qu'elle avait utilisé quand un gars de pizza était arrivé en retard de 45 minutes (il y a près de 25 ans) et qu'il ne voulait pas nous faire la pizza gratuite, où quand le vendeur chez Columbia outlet ne voulait pas donner le rabais afficher sur la pancarte (deux insides que mes filles vont comprendre). Le ton qui dit : c'est pas vrai que je vais me faire avoir. 

"Yes, yes", repond-t-il. Nath n'est pas convaincu.

Finalement, c'est le départ. Puis, on s'arrête et on bloque à la porte de contrôle. 

Raoul tente de nous expliquer pourquoi, mais ce n'est pas clair. La seule chose qu'on comprend, c'est encore à cause du chef.  On doit attendre un autre 15 minutes et ma douce commence à brouiller du noir. 

On a finalement le go et on passe le contrôle (avec nos passeports, rien de moins). Les péruviens sont vraiment des control freaks.



Cette première journée sera relativement facile. Et silencieuse. Raoul parle autant anglais que nous parlons espagnol et Eunice, notre amie brésilienne, parle anglais encore moins.  

Kilomètre 1 à 4

La première partie du jour 1 est sur le plat. On traverse un petit pont pour ensuite longer la rivière pendant quelques kilomètres. Autour, les pics des sommets (certains enneigés) nous guettent et on sent leur regards à mesure qu'on avance dans la nature. De l'autre côté de la rivière, le train de Aguas Calientes siffle et son chant résonne sur les montagnes. Ce petit train sera celui de notre retour dans 4 jours. 



Jusqu'au "first pass" (que nous allons franchir seuement demain), il y a plusieurs petits villages et points de ravitaillement. On retrouve des toilettes (où il faut généralement payer 1 sol) et des boissons à vendre (même de la bière). 



Comme c'est plat, on ne sent pas le besoin de s'arrêter et on progresse d'un bon pas. On apprend que Eunice en n'est qu'à sa 2e trek à vie, mais elle est une bonne marcheuse. Ce sont les montées qui l'inquiète. On l'encourage et lui dit qu'on va se rendre à Machu Picchu tous ensemble vendredi.

Raoul nous explique aussi qu'il y a 500 départs par jour autorisés sur la trek (250 touristes et 250 porteurs). Aussi, environ 10% de ceux qui commencent la trek ne sont pas capables de la terminer. Ils flanchent généralement au jour 2 (la grand montée). On en voit quelques-uns d'aileurs qui reviennent en sens inverse, parfois à dos de cheval ou d'âne. 

Autour du km 4, on commence une montée. On y va tranquillement et ça se passe relativment bien. En haut, on arrive à un premier site Inca. Étant donné le niveau d'anglais du guide, on a zero explication. Par contre, ce n'est pas vraiment grave. On a fait plein de tours guidés dans les derniers jours. De prendre le temps de simplement contempler, c'est plaisant. 











Kilomètre 5 à 7
On reprend le chemin et on arrive au campement pour le lunch au KM 7. L'équipe a déjà monté la tente moitié cuisine / moitié salle à manger. On ferme les yeux et on prend un repos le temps que le chef termine le lunch. À 13h30, on est invité à passer à table. C'est une très petite table à 4 places: les 3 randonneurs et le guide. Toute la vaisselle est en métal et on a des tabourets de plastique comme banc. C'est simple, mais fonctionnel

On nous sert d'abord une excellente guacamole comme entrée. Puis, c'est la classique soupe péruvienne, elle aussi très bonne. Le plat principal est du poulet grillé, avec du riz, des pommes de terres frites et une salade concombre/tomates. Tout est excellent. On jase un peu avec Raoul et Eunice. Bien que ce n'est pas toujours facile, on réussit à échanger sur nos voyages et notre impression de la trek jusqu'à maintenant. On réalise aussi que l'anglais de Raoul est meilleur à mesure qu'il nous connait plus. Il cherche beaucoup ses mots, mais il semble bien nous comprendre. Il est aussi incroyablement serviable et attentif.

Je crois que ce repas a finalement redonné confiance à Nathalie au niveau de la qualité de notre équipe.  



Kilomètre 8 à 12
La dernière partie de la journée est relativement facile et rapide. On quitte le campement du lunch vers 14h00 et on arrive au KM 12 (Wayllabamba) vers 15h45. C'est le dernier village sur le sentier avant d'arriver à Machu Picchu, 35 km plus loin. C'est aussi notre site de campement,



Croyez-le ou non, on bat nos porteurs de vitesse en arrivant 10 minutes avant eux. Vincent (le frère à Nath qui a fait cette trek il y a quelques années) avait tellement enscencé les porteurs, nous expliquant qu'ils étaient si rapides et quand on arrivait tout était prêt. Pas dans notre cas. On a peut-être des porteurs moins en forme, ou on a juste été ben vite. Peut-être que demain, sur la grande montée, ça sera une autre histoire.

Honnêtement, on avait du jus pour faire un autre 3 ou 4 km de plus. Mais, c'était le spot de campement et on n'avait pas le choix d'arrêter.

Le campement est comme la cour arrière d'une maison, aménagée pour les randonneurs. Le gazon est de qualité d'un green de golf, il y a aussi de belle bécosses (toilettes extérieurs très propres). Par contre, on voit le propriétaire déambuler dans sa maison, ses enfants jouer, les chiens se promènent et on a même la visite de quelques poulets. La plupart des campements semblent suivre cette approche. C'est probablement un revenu d'appoint intéressant pour les paysans. 

On a donc relaxé le temps que l'équipe monte les tentes. Une fois la nôtre prête, on a entré nos choses et on a bien rigolé. C'est notre première nuit de camping ensemble après 25 ans. Il y a toujours quelque chose de nouveau en couple.



On se lave avec des lingettes humides et on se prépare pour le souper. J'ai la chance de mettre mes nouveaux bas de laine d'alpaca, super doux!

À 17h30, ils nous servent le "tea time": biscuits secs, confitures et tisanes (on prend du mate de coca). Ils arrivent ensuite avec un gros plat de pop-corn maison (miam!). On jase un peu (et lentement) avec Eunice et Raoul jusqu'à 18h30. Ils arrivent alors avec une soupe (tradition péruvienne de toujours commencer un repas avec une soupe). Puis, le plat principal est encore du poulet (mais apprêté différemment), avec des pommes de terre grillées et un macaroni sauté. Le péruviens sont vraiments fort sur les féculents. C'est encore une fois délicieux et on réalise que Raoul avait raison, notre chef est vraiment excellent. 

19h30, on quitte la table et on revient à la tente. Je prends une heure à écrire ces lignes, le chuchottement du ruisseau tout prêt en bruit de fond. Il y a aussi parfois les aboiements des chiens du propriétaire. Heureusement, ce dernier a finalement fermé sa radio. Je dois admettre que j'ai ma claque de la musique péruvienne pop après une semaine. 

Dernière activité de la soirée, se rendre en couple à la toillette dans le noir avant de se coucher. Au moins, c'est la pleine lune et on a nos nouvelles lampes de poche de tête que nous avons achetées à Cusco (la lampe de poche crinquable est restée dans nos valises à Cusco, bon débarras)

Demain, levée à 5h00. Bonne nuit.

Jour 2

Notre guide vient nous réveiller à 5h00 tapant, verre de thé de coca à la main. On s'habille tout en préparant nos bagages et nous allons déjeuner. Rien de compliqué: des oeufs, des saucisses coupées en rondelles, du fromage, des toasts et de la confiture. Quand on sort de la salle à manger sous la tente, le soleil est finalement levé. C'est un merveilleux matin et le ciel est bleu.

Kilomètres 13 et 14

On se lance sur le sentier à 6h20. L'objectif du jour est de passer le premier col et, si on a le temps, possiblement le 2e. La première partie est une ascension constante, mais pas trop abrupte. C'est donc un excellent réchauffement pour ce qui est à venir. Au bout d'une heure, on arrive au point de contrôle (et oui, un autre) et nous sommes prêt pour attaquer le fameux "first pass" (premier col) qui se trouve plus de 3000 pieds plus haut.





Kilomètres 15 à 21

On monte, puis on monte. Quand on arrive au tournant, on regarde. Encore des marches. Et on monte. En somme, la montée se résume à grimper du fond de la vallée entre deux montagnes. Au point où elles se rencontrent, c'est le col. 









Sur le chemin, on voit quelques personnes revenir. Elles feront partie de la statistique des 10% qui abandonnent.

Pour nous, ça va vraiment bien. Malgré le fait que nous sommes au dessus des 10000 pieds, nous avons un bon rythme. Nos pauses sont courtes et notre pas constant. Même Eunice nous suit très bien. Go Eunice! C'est seulement sa 2e randonnée. 

Je vois un groupe de six personnes devant moi, cinq sont environ 300m plus loin et le dernier est près de moi, comme l'agneau faible du troupeau. Il est rouge et il pompe l'huile. Chaque pas semble prendre une partie de son âme. Le pauvre gars n'a pas l'air en forme non plus. Un guide est avec lui, un peu comme un vautour qui rode autour de l'animal près de la mort. Il doit se demander s'il va abandonner et il va devoir faire demi-tour avec lui. À voir la mine du gars, je me demande la même chose. 

Le CrossFiter en moi prend le dessus. Je lui donne une tape dans le dos et je lui dis : "Lâche pas, tu es capable. Tu t'es rendu jusqu'ici, tu peux faire le reste".  Il me lance un sourire entre deux respirations.

Lorsqu'on arrive près des 3800 mètres (12000 pieds), les arbres se font rares et on commence à mieux voir la beauté du paysage autour de nous. Puis, au loin se pointe le fameux col, le terrible First Pass. Le point où on passe entre les deux montagnes. Le point de la réussite.

On s'arrête un moment pour une collation et une gorgée d'eau. Pendant la pause, le troupeau de tanttôt nous repasse et un peu après, le pauvre gars, toujours aussi rouge, arrive près de nous.

"Regarde mon gars! Le col est là tu peux le voir là haut. Tu es presque rendu!"



Il est tellement fatigué qu'il ne réagit même plus, quoique ses yeux se sont illuminés un instant lorsqu'il a vu le col au loin.

Petit pas après petit pas, on grimpe et on grimpe. Finalement, autour de 10h30, on arrive en haut. High five et félicitations à tous. Ça va relativement vite car on est juste 3 et le guide. Plusieurs autres groupes sont aussi en haut et prennent une pause. Certains en profitent pour prendre des clichés victorieux. Ce col à 4200 mètres est le point le plus haut du sentier. Si tu te rends là, c'est que tu va finir le sentier. 








Le vent se lève et il commence à faire froid là haut. On reprend nos sacs et on se relance sur la piste pour se réchauffer un peu. 

Kilomètres 21 et 22

On entreprend alors une longue descente vers le site de campement où nous prendons le lunch. Raoul nous informe que nous faisons un très bon temps et qu'il est pensable que nous pourront franchir le 2e col après dîner. Nous sommes heureux, car ceci signifie que la 3e journée sera beaucoup plus facile et on pourra se reposer. Pourquoi? C'est parce que les porteurs et le cuisinier doivent prendre le train de 5h00 le matin de la 4e journée. Ceci signifie qu'on doit se lever à 3h00. Si tu as une longue randonnée la 3e journée et que tu arrives tard, tu auras très peu de sommeil.




Cette section est relativement le miroir de la section précédent, mais en descente. Environ 2000 pieds sur 2 kilomètres. Ça descend. Le plus fatiguant ce sont ces foutus escaliers en pierre inégales. J'ai souvent la cheville qui se tord quand je pose le pied incorrectement. De plus, ces marches sont parfois très courtes et on est pris à descendre de côté. Et comble, il y a ces marches de 50 cm qui tuent les genoux.

Je me garde en arrière de mon petit troupeau, car je suis de loin le plus lent en descente. Je n'ai pas d'orgueil, l'alternative est de manquer une manche et rouler très très longtemps. Ça me donne aussi le rôle du "caller". Lorsqu'un train de porteurs arrive, on doit se tasser et les laisser passer. Parfois, ils sont 3 ou 4. Parfois ils peuvent être 10. C'est incroyable de voir à quelle vitesse ils descendent ces marches avec 25kg sur le dos. En plus, ils n'ont pas de belle bottes Salomon et des bâtons de marche comme moi. Plusieurs sont en gougounes péruvienne, une sandale avec une ganse derrière la cheville et deux ganses par-dessus le pied.  Ils ont tous mon admiration.



On arrive au campement Paqaymayu vers midi. Notre équipe nous prépare un bol d'eau chaude et du savon pour se faire une toilette rapide. Raoul nous demande alors si on est toujours partant pour faire le 2e col. On lui dit que oui. Je ne peux pas croire qu'on arrêterait à midi aujourd'hui. Il part donc vers le poste de contrôle changer notre site de campement pour ce soir.



Après un petit repos de 20 minutes, le lunch est prêt. Comme entrée, deux grosses tranches de pommes de terre en rondelles, un quatier d'oeuf cuit dur nappé d'une sauce fromage au aji (un piment fort). C'est très simple, mais pourtant tellement bon! On a ensuite la traditionnelle soupe au légumes. Puis, le repas principal est un boeuf braisé avec légumes et riz. 

Le ventre bien plein, je sors de la tente-cuisine et je regarde dans la vallée. Un raz-de-marée de nuages sont en train de passer par-dessus les montagnes. Je demande à Raoul : "Tu crois qu'il va pleuvoir?". Il me répond : "C'est possible". Il répond toujours "C'est possible" à cette question. D'après moi, il travaille pour Météomédia.

Kilomètres 23 et 24

On ramasse nos choses et on arrange nos sacs à dos pour avoir les vêtements de pluie plus proche, car les nuages deviennent de plus en plus menaçants. Nous avons à peine fait 100 mètres sur le sentier qu'on entend le premier coup de tonnerre. On avance un peu plus et il commence à pleuvoir légèrement. On s'arrête et on s'habille pour la pluie: imperméables, cache sac et Nath sort son nouveau poncho. Eunice sort un habit plus complet: imper et pantalons de camouflage. Notre petite guerrière brésilienne.



Je m'habille assez rapidement car j'avais déjà mis mon couvre sac-à-dos avant de partir et je n'ai qu'un imper. En attendant les autres, je sens un pincement sur les doigts. Ouch. Je regarde au sol et je vois plein de points blancs. Je réalise que ce n'est pas de la pluie qui tombe, c'est de la grêle de la grosseur du gros sel!

J'ai alors un souvenir de ma randonnée à Zion Canyon il y a deux ans, quand on a frappé un orage incroyable en plein milieu du sentier. 

Cependant, on est maintenant commis pour Chaquiqocha, notre site de campement qui se trouve 6 kilomètres plus loin, On doit continuer. L'espoir c'est que ça sera un orage passager. 

On sera amèrement déçu.

On commence l'ascension d'environ 1500 pieds vers le deuxième col (second pass). La grêle et le tonnerre s'intensifient. La chaleur que nous avions ressentis le long de l'ascension du premier col n'est qu'un souvenir. Cette tempête a apporté avec elle une baisse de température significative. Je dirais qu'avec le soleil le matin, on a probablement atteint 20 degrés. Maintenant, dans la tempête, il doit faire entre 5 à 10 degrés. L'eau glace mes mains et comme je n'ai pas de poncho comme Nath, mes patanlons s'imbibent. Heureusment, j'ai mes pantalons de jogging serrés qui ne gardent vraiment pas l'eau. Je les utilisent l'hiver pour courir. Néanmoins, si cette pluie persiste, ils finiront pas s'engorger.

Un kilomètre plus loin, on arrive aux ruines de Runkurakay. La pluie diminue un peu, assez pour retirer le capuchon. Je réussis à prendre quelques clichés, mais je crois qu'on peut voir la grêle rebondir sur les murs dans les photos.



On poursuit l'ascension et la nature décide d'ouvrir la machine. La pluie et la grêle commencent à tomber solide. On grimpe en silence et un peu misérables. Plus de clichés maintenant. La caméra ne supporterait pas. Je la cache donc dans mon imper.

On arrive finalement au 2e col (Second pass). La pluie est toujours aussi intense. On se met à l'abris un instant. Après quelques minutes, notre équipe de porteur nous dépasse. Un s'arrête pour parler à Raoul, puis repart. 



Kilometres 25 à 30

Probablement les 5km les pires de ma vie. Il pleut. On gèle. On ne peut même pas admirer le paysage. On a un seul objectif: se rendre au campement et se réchauffer.

De plus, c'est quand même une assez bonne descente (un autre 1000 pieds) sur des roches mouillées et glissantes. Comme on est encore haut, il n'y a pas d'arbres, donc aucun répit de la pluie. 

J'ai les mains tellement gelées, que je ne suis pas capable de bouger mes doigts. L'idée me trotte d'aller prendre mes gants, mais ils sont en polar. En 10 minutes, ils seront détrempés et je n'aurais plus rien de chaud pour mes mains plus tard. J'endure, en me soufflant dans les mains à l'occasion.

On arrive à un endroit où la falaise nous protège de la pluie. On prend donc une pause. Raoul vient alors nous résumer la conversation avec l'équipe précédemment. Un de nos porteurs, Papita (l'équivalent de papi en Quechua j'imagine, car le monsieur est quand même assez âgé) est malade et n'a pas pu continuer. Ils ont trouvé un porteur temporaire, mais il arrivera plus tard.

Je lui demande ce qu'il devait transporter. Vous l'avez deviné : nos bagages et notre tente. Joie.

Après une éternité (je ne sais pas combien de temps, je ne faisais que mette un pied devant l'autre rendu là en grelottant), on arrive aux ruines de SayakMarqua. Le guide nous demande si on veut faire le détour pour les visiter. Il est drôle. 

On passe tout droit le site pour poursuivre notre route. À chaque tournant, j'ai espoir que c'est le campement. J'ai plusieurs, plusieurs espoirs avant de finalement voir notre destination. 

Nous sommes finalement arrivés pas mal en même temps que l'équipe. Rien n'est monté.

Ils s'empressent de monter la tente-cuisine, dans le vent et la pluie. On est planté à côté, le vent dans le dos et on gêle en silence. Ils sont vraiment habiles, car en trois minutes, elle est montée. 

Ils apportent le brûleur à cuisine et la bonbonne de gas. Ciel que cette chaleur est plaisante. Ils nous apportent des petits bancs et on se blottit autour du "feu". La chaleur aide un peu, mais je voudrais vraiment retirer ces vêtements mouillés.

Après 15 minutes, le nouveau porteur arrive avec nos choses (hourah!). L'équipe monte notre tente et y dépose nos sac. Raoul nous demande si on veut le tea time dans 15 minutes. On lui dit non, on a besoin de se réchauffer avant. 

Devant la tente, j'essaye d'enlever mes bottes. Mes doigts sont tellement gelés que c'est comme si j'avais des mitaines de four. "Awaye" me dit Nath derrière. Comme si je prenais mon temps. 

On entre dans la tente, retire nos vêtements et on se sacre à poil dans le sac de couchage avec notre tuque. Je dis honnêtement que je ne crois pas avoir été aussi gelé dans toute ma vie. Nous sommes restés 30 minutes dans le sac de couchage avant d'arrêter de grelotter.

Pendant notre période de réchauffement, un membre de l'équipe dépose deux bassins d'eau chaude dans le portique de notre tente. Faute de douche sur le site, on se lave à la débarbouillette, savon et aux lingettes. Une nouvelle expérience de vie. Suprenament, on se sent quand même assez propre après.

Malgré le froid, on doit se rhabiller pour se rendre au souper. Comme la pluie a diminué beaucoup, on en profite pour faire une aventure aux toilettes qui, malheureusement, se trouvent à l'autre bout du camping. J'apprends une nouvelle technique de pisser en apnée. Elles sont horribles.

De retour à la tente-cuisine, l'équipe a décidé d'abandonner le mur séparateur ce soir et nous sommes tous ensembles. On peut donc voir les techniques de brousses du chef. Ce n'est vraiment pas facile de faire de la bonne bouffe avec deux bruleurs et une planche comme comptoir. J'admire beaucoup son talent. 

Le repas consiste à une soupe au quinoa et légumes, suivi de poulet comme plat principal, servi avec des nouilles style asiatique et une assiette de brocolis / chou-fleur. Tout au long du souper, qui était relativement en silence, on entendait la pluie tomber sur la tente. Chaque expiration fait de la boucane. C'est comme l'hiver.

Le dessert nous a réchauffé un peu. C'était un pouding chocolat maison chaud, fait avec de la pâte de cacao pure de Cusco. C'était vraiment bon.

On a sauté l'étape thé / tisane. On était mort et encore gelé et on voulait profiter de l'acalmie de la pluie (on ne l'entendait plus sur la tente). On se souhaite alors bonne nuit et on sort. Je réalise alors pourquoi je n'entendais plus la pluie sur la tente. Elle a tourné en neige. Le comble du froid.

Pour Eunice, c'est la première fois qu'elle voit de la neige. Au moins, quelqu'un est heureux.

On arrive dans la tente et je commence à écrire mon blog. Après 5 minutes, je réalise que je n'ai aucune inspiration et que je suis complètement gelé. Je dis à Nath: "je vais l'écrire demain je pense". Elle me dit: "Ben oui mon chéri, c'est une excellent idée".

Je garde mes pantalons et mes bas de laine, je mets un t-shirt, un chandail et un autre chandail, une tuque, des mitaines et un foulard. Je m'enroule dans mon sac de couchage. Il est 19h30 ou 20h00. En fermant les yeux, je décide que c'est la journée de randonnée la plus difficile de ma vie: 18km, montée totale de 5000 pieds, descente totale de 4000 pieds, la pluie, la grêle et le froid.

Jour 3

J'ouvre les yeux, toujours enroulé dans mon sac de couchage. Je vois que la lueur du jour commence à se faire voir. Je lève le coin de mon iPad pour voir l'heure. 2h32. Merde, ce n'est pas la lueur du jour. Je me rappelle que c'est la pleine lune. Ceci veut dire qu'il n'y a plus de nuages et donc, plus de pluie. Bonne nouvelle. J'essaye de me rendormir.

J'ouvre les yeux à nouveau, il est 4h50. Bon, assez dormir (quand même plus de 8h). Je commence à remuer et Nath me regarde. Elle est réveillée aussi. Je m'habille et j'ouvre la porte de la tente. Un vent glacial entre. Il doit faire en 0 et 5 degrés. Je sors et un spectacle incroyable s'offre à moi. La pleine lune est toujours dans le ciel, sur le point de se coucher derrière les pics enneigés des Andes. La lune est tellement intense qu'on dirait un petit soleil. Il n'y a aucun bruit. Je me retourne et je vois la falaise derrière nous bleutée. C'est si calme et si beau que j'en oublie le froid. Quel beau spectacle. 



Je retourne dans la tente et on prépare nos bagages tranquillement. 6h00, on est sorti de la tente pour nous diriger vers la tente-cuisine où Jose (notre chef) prépare déjà la soupe du midi et le déjeuner en même temps. C'est le seul endroit chaud du campement, donc on se prend un petit banc et on le regarde cuisiner. Vers 6h30, le soleil commence à se pointer au dessus des montagnes, générant un levée de soleil incroyable.

À 8h00, tout est prêt pour le départ.

Kilomètres 30 à 32

La journée commence avec une petite montée vers le 3e et dernier col (Third pass), environ 1000 mètres. Le moment le plus joyeux, au début de la piste, on est en plein soleil. Finalement de la chaleur. Après à peine 500 mètres, on commence à enlever des couches. D'abord la tuque et le foulard. Puis, un peu plus loin, le manteau et on se crème. Le soleil est vraiment intense à cette altitude.

Autour de nous, c'est la forêt tropicale. C'est tellement différent de ce que l'on a vu la veille. Tout est vert, rouge et marron. Les couleurs sont aussi chaudes que le soleil. On entend des insectes tourner autour de nous. On entend aussi des chants d'oiseaux inconnus. La pluie de la veille a semé la vie dans la forêt et a libéré les odeurs de la nature. On sent un petit fond de souffre, mais l'odeur dominante est ce bois épicé sur un fond d'humidité. Ça sent la vie. 











Le chemin est souvent impressionnant à voir. Un côté est à flanc de falaise, laissant une vue à couper le souffle des montagnes et de la vallée.





On arrive après environ une heure à un site de campement. On s'arrête pour prendre des photos et le guide en profite pour faire les arrangements pour demain. Incroyablement, il a un signal lui au milieu de nulle part.

On repartant, on lui demande si on est loin du 3e col. Il dit: "c'était ici". Comparé aux deux autres, c'était plutôt facile.



Kilomètre 33

À partir de maintenant, c'est une descente constante jusqu'au dernier campement, 6km plus loin.

Après un kilomètre, on arrive aux ruines Phuyupatamarka. Il s'agit d'un site astronomique Inca, construit sur les ruines d'un ancien temple Colla. J'ai parlé des Colla dans mes blogs précédents. C'était une grande civilisation pré-Inca qui a été conquise par les Incas au 16e siècle. Comme plusieurs guides nous ont répété, les Incas n'ont pas inventé grand chose, ils ont repris l'existant et ils l'ont amélioré. C'est un peu ce qu'ils ont fait ici. 

Le site est vraiment beau, mais peut-être suis-je influencé par le fait qu'il ne pleut pas et qu'il fait chaud. Tout semble plus beau dans ce temps-là.









En redescendant du site, on croise un groupe de 6 américains. Qui je vois à la fin du groupe? Mon ami d'hier que j'ai encouragé à terminer le first pass. Je lui cri : "bravo mon gars! Je te l'avais dit que tu étais capable! Maintenant, le pire est fait et les 3 passes sont derrière toi. Il ne reste qu'à descendre". 

Maheureusement, à le voir descendre les marches, il semble avoir autant de problèmes à descendre qu'à monter. 

Kilomètre 34 à 37

On entreprend la longue descente vers le campement. Encore une fois, le paysage est remarquable. Des escaliers escarpés aux marches courtes (donc difficiles à descendre), des montagnes, des petits ruisseaux. Ça me rappelle les sentiers du Costa Rica et de Hawaii. Je me sens dans mon élément. De plus, on passe sous les 3000m (enfin) et l'altitude n'est plus vraiment un facteur. 

Autour du kilomètre 35 ou 36, on arrive à un virage et on voit le village de Aguas Calientes (aussi surnommé MachuPicchu town) et à gauche, la montagne du Machu Picchu. En fait, dans la photo, on voit la montagne de dos et le site se trouve de l'autre côté. Ce n'est que demain que la montagne va révéler sa face cachée.






Au kilomètre 37, Raoul nous donne deux choix: soit prendre le raccourci vers le site de campement ou soit prendre le chemin le plus long pour visite le site de Intipata. Comme il n'est pas encore midi et qu'il fait beau, on opte pour le chemin long.

Kilomtères 38 et 39

Le site de Intipata est en fait une série de pallier d'agriculture avec des greniers en bas pour les récoltes. Je n'ai pas demandé à Raoul, mais je présume que c'était la réserve de bouffe pour le site du Machu PIcchu, qui se trouve tout à côté.

L'endroit est impressionnant, il y a des dizaines de palliers et de longs escaliers pour y circuler. Je dois admettre que j'avais légèrement le vertige en descendant ces marches. Surtout qu'elles étaient encore étroites et hautes. Il fallait y aller doucement. 






13h00, on arrive à notre campement: Winay Wayna. Tous les groupes doivent s'arrêter ici avant de pouvoir entrer au Machu Picchu. L'équipe installe les tentes et prépare le lunch. Après, on relaxe un peu dans la tente. Il fait tellement chaud, c'est surprenant. Ce matin, il fait environ 5 degrés et on était gelés. Ce midi, il doit faire 25 ou 26 degrés au soleil. Je n'ai jamais vu une telle différence de températeur en si peu de temps. 

Vers 15h00, on décide d'aller prendre une douche. Il y a des douches froides, mais une douche est une douche. En arrivant, les deux douches sont prises. On attend notre tour.  Lorsque la personne sort, on voit la nature de cette douche. Honnêtement, j'aurais de la difficulté à la distinguer d'une toilette turque à côté. Nath fait un 180 et dit: "Non, je ne me lave pas là dedans".

On demande à Raoul deux bassins d'eau chaude et on se refait le bain à la débarbouillette. On considère ça comme une pratique pour quand on sera en CHSLD plus tard et qu'on aura un seul bain par semaine. Le reste, ça sera à la débarbouillette. 

Je reprend l'écriture de mon blog jusqu'à 17h00, l'heure du "tea time" Déjà, le soleil se fait timide et le vent monte. La températeur a dû descendre de 10 degrés en quelques heures. De retour les longs et les manteaux.

Au moment du souper à 18h00, il fait déjà noir et c'est assez frais. Après le souper, c'est la présentation de l'équipe par le guide. On s'échange des remerciements et des féliciations. Puis, le guide nous invite à remettre le pourboire. On est un peu fru car on lui avait déjà dit que notre agence nous avait indiqué que c'est lui qui devait faire la distribution. On savait combien donner, mais pas comment le séparer. On répète notre inconfort et ils s'échangent quelques mots en espagnols, puis Raoul dit que c'est ok. 

On dépose le pourboire au centre de la table et José, le chef, récupère l'argent et le compte devant tout le monde. Je présume que c'est pour que toute l'éqiupe voit combien il y a. C'était néanmoins un peu malaisant. Après, ils nous ont tous serés la main et ça semblait sincère. Ce fut un moment étrange du voyage. 



On est dans la tente à 19h30 et prêt au dodo à 20h30. Demain, on se fait réveiller à 3h00.             

Jour 4

Étonnant comment notre horloge biologique peut s'ajuster à la situation. Je me réveille à 2h50, 10 minutes avant que notre équipe vienne nous réveiller. Je me retourne et je vois Nathalie en train de lire. Elle a aussi une bonne horloge biologique. 

On s'empresse de faire nos bagages afin de libérer la tente pour les porteurs. En sortant, je vois que la table est mise pour le déjeuner, mais pas de tente-cuisine. Celle-ci est déjà rangée et prête pour le transport. Je me demande où ont dormi les porteurs, puis je les aperçoit dans un petit coin. Ils ont dormi à la belle étoile. Pas facile ce métier.

À la table, on a notre éternel mate de coca et un petit sac/boite à lunch.  Un sandwich, une pomme (pas mal puckée), un jus en boite et une barre tendre à saveur de carton. Je regarde le sandwich: un pain, une tranche de jambon, une tranche de fromage. C'est vraiment maigre. Je ne sais pas si c'est parce qu'ils sont frus de la cérémonie du tip hier, mais c'est de loin le lunch le plus cheap en deux semaines. 

4h00, Raoul nous dit que c'est l'heure de partir. Je trouve ça étrange, car le point de contrôle n'ouvre qu'à 5h30. Mais, c'est lui le boss et on le suit. 

Je m'attends à faire un ou deux kilomètres pour me rendre au point de contrôle, mais pas du tout. Il est à la sortie du terrain de camping. Déjà, il y a une quarantaine de personnes en ligne, de gros groupes. Raoul négocie avec un d'entre-eux et nous on se retrouve 3e en rang.

Puis, commence la longue attente. C'est très long 90 minutes quand il est 4h00 du matin, qu'il fait noir et que tu es fatigué de ta petite nuit. 

Pour passer le temps, on écoute un groupe de jeunes américaines dans la vingtaine dire des niaiseries. Elles parlent de leur chats, de leurs photos et de leurs souvenirs jusqu'à maintenant. Elles se motivent aussi pour aller vite et voir le levée du soleil sur Machu Picchu. Certaines font même des réchauffemtns (sauts, étirements). C'est vraiment drôle. En même temps, je me dis que j'aurais aussi aimé vivre ce trip à 20 ans. Anyway, il n'est jamais trop tard pour bien faire. 

4h15... 4h25... 4h40... 4h50... 5h00. On décide de faire une dernière tournée à la toilette, ces horribles trous dans le sol infectes qui vont me traumatiser jusqu'à ma mort. J'écris ces lignes à l'aéroport présentement et je sens encore cette ordeur fécale insupportable. 

5h10.. 5h15... 5h20. Le garde du contrôle arrive tôt! Il entre dans sa petite cabane, ouvre la lumière et les guides se lancent vers la porte. Voyez-vous, c'est un point de contrôle pour guides seulement. Notre pauvre Raoul semble surpris et se fait dépasser par quelques guides. Les gens se poussent et ne laissent personne passer. Franchement, je suis complètement dégoûté par l'empressement des gens. Le Machu Picchu est là depuis 500 ans, je suis pas mal certain qu'il serait encore là si on arrive 10 minutes plus tard.

Raoul réussit à se faufiler et faire estamper ses papiers. Puis, on passe la porte et c'est le départ pour le dernier droit!

Kilomètres 40 à 43

On se lance dans le sentier dans le noir, nos lampes de poches sur le front. Nos lampes cheaps n'éclairent pas grand chose, mais au moins celle de Raoul est plus solide. À plusieurs reprises, on se fait dépasser! On est quand même pas mal rapide sur les sentiers, ayant arrivé avant nos porteurs quelques fois. Pour se faire dépasser, c'est que les gens sont à la course. Considérant que les sentiers sont étroits (tout au plus 3 pieds) et que c'est la falaise à droite, c'est plutôt dangeureux comme manoeuvre. Quand on voit arriver ces fous, on se tasse et on les laisse passer.

J'ai une seul photo pour la première partie, car comme j'ai dit, il faisait noir et mon flash a des limites. J'ai pu prendre cette photo en mode manuelle, mais elle n'est pas extra.



On garde un bon rythme et il commence à faire chaud rapidement. Dans cette partie, on est relativement bas (environ 2500m) et c'est la forêt tropicale. La lueur du jour arrive rapidement et on prend une pause pour retirer des couches de vêtements.

Quelques minutes après, on rejoint la gang de fou qui couraient. Ils ont fortement ralenti et à partir de ce point, on se suit à la queue-leu-leu. 




Vers la fin, on commence une dernière ascension vers Inti Punku, ce qui signifie "Porte du soleil", ce qui est l'entrée de Machu Picchu pour les aventuriers du Inka trail. À un moment donné, nous avons dû monter l'escalier le plus épeurant que j'ai vu. Il avait une inclinaison d'environ 70 degrés (je n'exagère pas) avec des marches d'environ 8 pouces de profondeur. On devait monter l'équivalent de deux ou trois étages. Moi qui a le vertige, laissez-moi vous dire que je gardais mes yeux au sol et je montais ces marches avec beaucoup de diligence. 





Puis, on aperçoit en haut les pierres de la Porte du Soleil. Elle est appelée ainsi car au soltice d'hiver (le 21 juin), le soleil passe exactement entre les colonnes pour illuminer le Machu Picchu. Considérant que ce dernier se trouve à deux kilomètres des Portes, c'est un accomplissement d'ingénierie incroyable.



En arrivant en haut, c'est encore les high-fives. On est rendu. Plusieurs groupes prennent la pause ici. Tous sont de sourire, ils rient et se félicitent. Je m'avance pour voir le spectacle, mais je ne vois que des nuages. La vue est belle, mais je me demande où est le Machu Picchu.




Nath vient me rejoindre et là... la magie. Comme si on était au théatre, le rideau de nuage se retire tranquillement et on voir sur le flanc de la montagne une des 7 merveilles du monde moderne. 





Je dois être honnête, j'avais le moton et les yeux un peu humides. Après 42 kilomètres de sentier relativement difficile, la pluie, la grêle, le tonnerre, les toilettes infectes, l'absence d'une douche en 4 jours, l'inconfort des tentes, on a réussi!

Mais, la vue de l'endroit génère une émotion forte comme seul une merveille du monde peut le faire. Je me rappelle avoir aussi été impressionné quand j'ai vu le colisée de Rome (une autre des 7 merveilles mordernes). J'ai mis ma main sur l'épaule de Nath et nous avons admiré la vue en silence pendant un bon cinq minutes, baignant dans nos émotions.

On se retire et on laisse les nouveaux arrivants prendre leur photos. Je réalise alors que le soleil n'a pas encore passé les montagnes. La gang d'énervés s'était pressé pour rien.

Kilomètres 44 et 45

Raoul est patient et nous laisse admirer la vue autant qu'on veut. On commence tranquillement sur le sentier qui mène vers la ville. Le soleil finit éventuellement par se pointer le nez et la ville est alors illuminée. C'est beau, mais pas au point de courir pour le voir. Anyway, on n'a pas couru et on l'a vu.







Je ne sais pas si c'est l'émotion d'être arrivé, le fait qu'on s'est levé avant 3h00 le matin, mais la fatigue embarque alors d'un coup. Je suis complètement vidé. On avance, mais c'est plus pour me rendre à la fin de la trek que pour visiter une autre ruine. En anglais, ils ont une expression qui dit "Getting there is half the journey" (se rendre est la moitié de l'aventure). Dans mon cas, je crois que c'était plus que la moitié. 

Raoul nous informe que nous aurons un guide spécial pour la visite (qui parle anglais). On a donc un 2h de visite devant nous. Comme on arrive par la porte du soleil, on doit redescendre complètement en bas du site pour s'enregister formellement et acheter nos billets pour la navette qui nous reconduira à Aguas Caliente. On va donc devoir descendre, pour remonter pour la visite et finalement redescendre pour quitter. Pour un gars fatigué, ça  semble pire que le jour 2.

Machu Picchu

On arrive à l'entrée et on fait une pause bio. Les toiletttes sont 1 sol (environ 30 cents) et ils te donnent un bout de papier de toilette (il n'y en a pas dans les toillettes). D'ailleurs, si vous allez au Péru, il y a deux types de toilettes publiques: celles à 1 sol qui sont sanitairement acceptable et les autres. Pensez donc d'avoir plusieurs pièces de 1 sol.

Raoul va ensuite acheter nos billets pour la navette. Pendant ce temps, Nath et moi sommes assis sur un roche à attendre comme des zombies. 

Quand il revient, il a avec lui le nouveau guide (on a oublié son nom, la fatigue a fait qu'on a pas enregistré). Ce nouveau guide venait de terminer un autre sentier qui mène à Machu Picchu et nous avons été jumelé au groupe. 

Je dois admettre que lorsqu'on a commencé ce tour, nous étions complètement mort. Lorsqu'il s'arrêtait pour nous donner des explications et nous laissait nous asseoir, on cognait des clous et on lui baillait dans la face. À plus d'une occasion, il a dit : "Je sais que certains d'entre-vous sont fatigués, mais...". J'ai eu une petite gêne, mais c'était plus fort que moi.












Voici quelques éléments que j'ai retenu:
- Machu Picchu a été fondé pour protéger Cusco d'une potentielle attaque provenant de la jungle. Personne ne sait vraiment pourquoi les Incas ne se sont pas étendus dans la jungle. Serpents venimeux, maladies, autres raisons, personne ne le sait. Ainsi, la ville se trouvait à la frontière du territoire de l'empire.

- L'autre raison principale est le coca. Cette plante était très importante pour les Incas, plus que l'or en fait qui n'était utilisé que pour des décorations religieuses. Or, cette plante pousse seulement dans les zones tropicales, sous les 2500 mètres d'altitude. La montagne Machu Picchu (eh oui, c'est la montagne qui s'appelle ainsi, personne ne connait le vrai nom de la ville) se trouvait exactement au bon endroit. Ainsi, les nombreuses galleries d'agriculture qu'on voit servaient bien à faire pousser les denrées de la ville (d'environ 600 habitants), mais un portion importante était dédiée au coca. Les feuilles étaient cultivées, puis retournées à Cusco, la capitale.

- La ville n'a jamais été visitée par les espagnols (ils ne l'ont jamais trouvé). C'est l'américain Hirman Bingham, un Indiana Jones de son temps (aller voir sa photo sur Google), qui a entendu des rumeurs de la part des paysans d'une ville abandonnée sur le dessus d'une montagne. En 1911, il entreprit une expédition et avec l'aide des paysans péruvien, il a "redécouvert" la ville. Comme les habitants ne connaissait que le nom de la montagne, Bingham a appelé la ville abandonnée du même nom.
Pourquoi est-ce important que les espagnols n'ont jamais trouvé la ville? Les espagnols avaient la mauvaise habitude de tout détruire ce qui était relié aux croyances locales. Leur objectif était de les convertir au catholisisme. Ainsi, nous retrouvons à Machu Picchu des vestiges Inca uniques. Comme par exemple, ce cadran solaire qui pouvait lire les saisons et les jours grâce au soleil. Le 21 juin, lorsque le soleil est à son zenith, la protubérance verticale n'a aucune ombre. 



- Le terme Inca signifie "empereur". C'est donc l'empereur qui était un Inca et les habitants sont des citoyens de l'empire de l'Inca.  Aujourd'hui, on généralise pour le peuple au complet.

- Pour tailler les pierres avec tant de précision, le outil principal était la patience. D'abord, ils prenaient des immenses blocs de granite et cherchait des fissure naturelles dans la pierre. Puis, avec une hématite (petite pierre principalement de fer de la grosseur d'un oeuf de caille), ils frottait la pierre pour éventuellement faire un trou. Ils répétaient la procédure tout au long de la faille. Puis, ils inséraient des morceaux de bois sec dans le trou et ajoutait de l'eau. Le bois prend de l'expansion et la pierre se fissure. Ils répètent avec de plus gros morceaux de bois jusqu'à ce que la pierre fende. Puis, ils transportaient le bloc sur des billots de bois et la façonnait en frappant dessus avec une autre pierre. Imaginez-vous combien de coup de pierre ils ont dû donner sur ces gros blocs pour les rendre lisses et parfaitement imbriqués les uns dans les autres? Ci-dessous, deux photos qui montre ces techniques. Comme le site a été abandonné, il restait du travail en cours et les scientifique ont pu déduire leurs techniques. 





La partie la plus intéressante du tour était l'explication de l'exode de la ville. On se rappelle qu'après la mort du 11ième empereur, une guerre civile a éclaté entre le nord et le sud de l'empire. Au même moment, les espagnols arrivent et profitent de la division pour attaquer. La majorité des hommes sont donc conscrits et partent en guerre. Machu Picchu devient donc une ville où il ne reste que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Des rumeurs courent sur l'arrivée prochaine des espagnols et des supplices qu'ils feront subir à la population. Les mères ont peur et décident de fuir dans la jungle et ne jamais revenir.

Lorsqu'il contait l'histoire, je me demandais: qui fut la dernière personne à quitter? A-t-elle vraiment quitté ou est-elle morte dans sa maison, seule, dernière habitante de la ville? Est-ce que c'était le prêtre de la ville qui refusa de quitter et quand il réalisa qu'il était seul, il s'est jeté en bas d'une falaise?  Quelle étrange sensation ça doit être d'être le dernier habitant à quitter une ville.



Finalement, ce fut le dernier discours de notre guide et nous sommes libérés. On est complètement à l'autre bout du site, on a donc beaucoup à parcourir. On suit les affiches "salida", en ce faufilant entre les groupes, les enfants (oui, plein d'enfants, je ne peux pas croire qu'il y a des enfants ici) et des personnes qui prennent des photos. À un moment donné, on se retrouve coincé entre deux groupes. Nathalie, qui en a solidement son truck et qui veut entrer à la chambre, décide de passer commeun  buldozer. C'était vraiment drôle, mais elle s'est méritée quelques regards noirs.

Nous prenons le bus et arrivons finalement à la ville. Maintenant, il faut trouver l'hôtel. J'ouvre mon téléphone et j'essaye avec Plans et Google Maps, les deux sont complètements fourrés et nous font tourner en rond. On entre dans un hôtel pour demander à la réception, la fille ne connait ni l'hôtel ni le nom de la rue. On ressort et on entre dans le marché public. Une petite fille voit notre regard désemparé et elle demande ce que l'on cherche. On lui donne le nom de l'hôtel, mais elle ne sait pas non plus. Par contre, elle appelle une agente de sécurité du marché. Celle-ci sait où c'est. Elle nous y conduit. Notre hôtel se trouve à trois portes du premier hôtel où nous avons demandé les directions. Quelle cruche, elle ne savait pas le nom de la rue de son propre hôtel.

La douche fut la plus satisfaisante de ma vie et nous avons dormi la plus grande partie de l'après-midi. 

Conclusion

L'expérience fut difficile, mais mémorable. Nous avons réalisé que nous n'avons pas le camping dans l'âme. Le manque de toilettes et douches pendant plusieurs jours n'est pas pour nous. Un nuit en nature, possiblement un maximum de 2, mais 3 c'était trop.  On est trop 5 étoiles pour ce genre de trek.

De plus, l'agence de voyage disait que c'est à la portée de tous. Je ne suis pas d'accord. Il y a des grandes montées (cardio) et des grandes descentes (articulation). En plus, bien que l'adaptation à l'altitude est génétique (et de toute évidence Nath et moi n'avons ce gène), Monter 300 étages à 60% d'oxygène n'est vraiment pas facile. 

Si j'avais quelques conseils à donner pour ceux qui voudraient entreprendre une trek:
- Il y a plusieurs trek qui mène au Machu Picchu. Le Inka trail est la plus difficile. Possiblement qu'une autre avec moins de variation d'élévation serait plus facile

- Donnez vous le temps de vous acclimater. Vous aurez besoin d'une semaine en altitude pour être capable de bien fonctionner dans un exercice physique intense. Aussi, montez graduellement en altitude. Notre parcours était un bon exemple car on n'avait aucun symptome d'altitude pendant la trek.

- Apportez des vêtements chaud. Il fait vraiment froid.

- Pratiquez au Québec. On a plusieur superbes sentiers au Québec (Chalevoix, Laurentides, Estries, etc.). Faites des 15km et des 18km. Faites des ascensions. Il y a une grosse différence entre marcher 15km et monter 15km

Néanmoins, c'est une expérience de vie incroyable. Je nous considère très fortunés d'avoir la santé et les moyens pour faire un tel voyage dans notre vie. Pour ceux pour qui ce n'est pas possible, j'espère que mes quelques lignes vous aurons transporté dans nos souliers et vous aurons donné l'impression de vivre cette expérience avec nous.